
Kalimera sas, le café est prêt ?
Il y a une chose que je ne vous ai jamais racontée ici. Une histoire de famille. Vous avez un café sous la main ? Asseyez-vous, je vous la donne.
D'ailleurs, toute mon histoire tourne autour de Knossos, de cette belle vie minoenne qui fait tant rêver - ses palais, ses symboles, et un monde où la femme était une figure forte. Et oui, je suis la première de ma famille à être partie de Knossos. Les autres y ont grandi, et ils y sont restés.
Une terre où on marche sur trois mille ans
Vous l'avez certainement compris : je viens de Knossos.
Ohhhh, Knossos... Quand on est enfant là-bas, on ne se rend compte de rien. Pour moi, c'était la maison, les oliviers, les vieilles pierres qu'on soulevait pour chercher des trésors minoens et des plantes rares. On cherchait, on trouvait - et imaginez ce que ça fait, de jouer devant ces ruines. Et oui : quand les autres enfants partaient en sortie avec l'école, aux parcs, en excursion, nous on partait dans les champs, à la chasse aux trésors, et au palais de Knossos. À cette époque, je ne pouvais pas imaginer l'impact, l'image si forte que ce petit village de Knossos a donnée au monde entier. Je ne savais pas que sous mes pieds dormait le plus vieux palais d'Europe. Que là où je courais, des rois et des reines avaient vécu il y a trois mille ans. Que cette terre rouge avait vu naître toute une civilisation.
On me l'a dit, bien sûr. À l'école, on apprend. Mais c'est différent quand c'est chez vous. Quand le passé n'est pas dans un manuel, mais dans votre jardin, entre les racines des arbres.
Cette bague, pour moi, c'est le jour où j'ai compris. Compris que je venais de quelque part. D'un endroit qui ne ressemble à aucun autre.
Knossos, la terre des femmes
Il faut que je vous dise une chose sur Knossos, une chose qui me rend fière.
Quand les archéologues ont fouillé cette terre - la même que mon arrière-arrière-grand-mère cultivait, au milieu de ses oliviers - ils ont sorti des murs entiers couverts de peintures. Des fresques de plus de trois mille ans. Et savez-vous qui on y voit, partout ? Des femmes.
Pas cachées. Pas au second plan. Des femmes au centre, le visage fier, la robe magnifique, les boucles dans les cheveux. Il y en a une qu'on a surnommée « la Parisienne », tellement elle a l'air élégante, presque moderne, avec son grand oeil noir et ses lèvres rouges. Et elle a trois mille cinq cents ans.
Chez les Minoens, mes ancêtres, la femme était à l'honneur. On peignait des prêtresses. On adorait une grande Déesse mère, celle qui tient les serpents dans ses mains. Sur les grandes processions peintes le long des murs, des centaines de personnages avancent vers une seule figure, au milieu : une femme.
Alors quand on me demande d'où je tiens mon caractère... je souris. Je viens de là. D'une terre où, il y a si longtemps déjà, on regardait les femmes droit dans les yeux.
ρίζες - les racines :
Il y a un mot grec que j'aime plus que les autres. ρίζες (rízes). Les racines.
Chez nous, on ne demande pas à quelqu'un « d'où viens-tu ». On lui demande « où sont tes racines ». Vous voyez la différence ? « D'où viens-tu », c'est un point sur une carte. « Où sont tes racines », c'est autre chose. C'est tout ce qui vous tient debout. Tout ce qui continue de vous nourrir, même quand vous êtes loin. Surtout quand vous êtes loin.
Et moi, mes racines, elles sont là. Sous ces oliviers. Avec cette reine que je n'ai jamais connue, et cette femme de ma famille qui lui a serré la main à travers le temps.
C'est pour ça que je cuisine :
Vous allez me dire : Maria, quel rapport avec la cuisine ?
Tout. Le rapport, c'est tout.
Quand je suis arrivée en Normandie, je n'ai pas emporté grand-chose de la Crète. On ne met pas une terre dans une valise. Bon, j'ai bien ramené des valises entières de draps et de nappes brodés par ma grand-mère - mais ça, ça ne compte pas. Ce que j'ai vraiment emporté, ce sont les gestes. Les odeurs. La façon de faire de ma grand-mère, de ma mère. Et un bidon de 5 litres d'huile d'olive, toujours, dans mes bagages : à cette époque, un bidon de 5 litres rentrait dans un sac à dos, et hop, dans l'avion. C'était normal, pour nous.
Et puis ma façon de voir le monde, aussi - un peu au pays des bisounours, la tête en l'air, à goûter à tout. Tout ça, c'étaient mes racines, et elles tenaient dans mes mains, dans ma mémoire. Alors je les ai plantées ici, loin, dans une autre terre. Le blog, la boutique, les recettes que je vous écris... c'est ça, au fond. Une Crétoise qui replante ses racines pour ne pas les perdre. Et qui vous en donne une bouture, à chaque recette.
Et bientôt... non. Je ne dis rien encore. Disons seulement qu'il y a un projet. Quelque chose qui me ressemble, qui rassemble tout ça - mes racines, ma cuisine, la Crète. Je vous en parlerai à la rentrée. Un peu de patience.
Le fil d'Ariane
Et puis il y a Ariane.
Vous connaissez son histoire ? C'était une princesse de Knossos, la fille du roi Minos. Dans mon palais, là où j'ai grandi, il y avait - dit la légende - un labyrinthe. Un dédale où l'on se perdait pour toujours. Ariane, elle, a donné à celui qu'elle aimait une simple pelote de fil. Déroule-le en entrant, et tu sauras toujours retrouver la sortie.
Un fil. Tout petit. Et grâce à lui, on ne se perd plus.
J'aime tellement cette image. Parce que c'est un peu ce qu'on fait ici, vous et moi. On déroule un fil, doucement, petit à petit. Une recette, une histoire, un souvenir. Et ce fil, il nous relie - à la Crète, à nos racines, et les uns aux autres. Le fil d'Ariane, c'est notre carnet.
Comme dirait Cavafy
Il y a un poète grec que j'aime par-dessus tout. Constantin Cavafy. Il a écrit un poème, Ithaque, que je relis souvent quand je doute.
Il commence par : « Quand tu partiras pour Ithaque, souhaite que le chemin soit long. » (Cavafy, Ithaque.)
Ithaque, c'est l'île d'Ulysse, le bout du voyage. Mais Cavafy nous dit une chose folle et magnifique : ce qui compte, ce n'est pas d'arriver. C'est le chemin. Les rencontres, les ports inconnus, tout ce qu'on apprend en route.
Alors voilà ce que je nous souhaite, à vous et à moi. Que notre Ithaque soit loin. Qu'on prenne notre temps. Qu'on déroule le fil tout doucement, qu'on s'arrête pour goûter, pour rire, pour se raconter des histoires de bague et d'oliviers. On a commencé quelque part en Crète. Et on a tout le voyage devant.
Si vous voulez faire le chemin avec moi, de tout près, entre nous, j'ai ouvert un cercle. Un endroit où on se parle pour de vrai, où je raconte la suite avant tout le monde. La porte est ouverte sur Facebook: recettesdunecretoise.fr/cercle
Et dites-moi, vous : où sont vos racines ? Racontez-moi en commentaire. Je vous lis pour de vrai.
Sas agapó,
Maria
Dans cette catégorie d'articles, vous allez découvrir mon véritable amour pour une civilisation toujours vivante dans mon cœur, dans un pays qui m'a donné ma chance, un pays que je respecte et dont je suis les règles de vie au quotidien. Ma façon de penser, de me battre, d'être vivante et surtout positive, extraordinaire, magique et passionnante. Et oui, je suis incroyable parce que je suis entourée de personnes incroyables comme vous.Ce sont des écrits que je voulais écrire dans un livre qui mélange toutes les valeurs et mes souvenirs entre la Crète et la Normandie. Ici, avec un petit café tous les dimanches, sera notre rendez-vous pour partager ensemble une nouvelle expérience.
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Un grand merci à toutes et à tous. Merci d’aimer mon pays, mes pays.
Mon entreprise Le Prestige Crétois est née en 2014, par amour pour mes produits d’enfance, ma propre production d’huile d’olive, les produits familiaux, les produits de mes amis crétois.
J’ai eu la chance d’être entourée par des personnes compétentes, protectrices, de commerçants, de chefs de cuisine qui m’ont aidée dans le lancement de mon entreprise. Sans eux, Le Prestige Crétois.fr n’existerait pas. Sans Vous, non plus ! Un grand merci pour votre confiance envers mes producteurs crétois et moi-même !

















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