Le palais de Knossos et sa colonne rouge minoenne, en Crète

La richesse crétoise

L’histoire de la Crète

Des Minoens à aujourd’hui, racontée par une Crétoise née à Knossos

Je suis née à Knossos. Quand j’étais petite, le palais du roi Minos était mon terrain de jeu, à quelques centaines de mètres de la maison. On apprend l’histoire autrement quand on marche dessus. Alors voici l’histoire de mon île, telle qu’on me l’a racontée et telle que je l’ai vérifiée, avec les dates qui comptent.

La Crète a été minoenne, mycénienne, dorienne, romaine, byzantine, arabe, vénitienne, ottomane. Et grecque depuis 1913 seulement. Chaque peuple a laissé quelque chose, dans les pierres, dans la langue, dans nos assiettes. Je vous les raconte dans l’ordre.

L’histoire de la Crète en dix dates

Vers 7000 av. J.-C. Les premiers habitants s’installent à Knossos. C’est un des plus vieux villages d’Europe.
Vers 3000 av. J.-C. Naissance de la civilisation minoenne, la première grande civilisation d’Europe.
Vers 1900 av. J.-C. Construction des premiers palais, Knossos, Phaistos, Malia, Zakros.
Vers 1450 av. J.-C. Destruction des palais. Les Mycéniens du continent prennent la Crète.
67 av. J.-C. Conquête romaine. Gortyne devient la capitale de l’île.
824 à 961 L’émirat arabe de Crète, puis la reconquête byzantine par Nicéphore Phocas.
1211 à 1669 Quatre siècles et demi de Venise. Candie, Réthymnon, La Canée prennent leur visage.
1669 à 1898 Les Ottomans, après vingt et un ans de siège devant Candie. Révoltes à répétition.
1er décembre 1913 La Crète rejoint enfin la Grèce.
Mai 1941 La bataille de Crète, puis quatre ans d’occupation allemande.

Les Minoens, la première Europe

Il y a cinq mille ans, pendant que le reste de l’Europe vivait dans des huttes, les Crétois construisaient des palais à plusieurs étages, avec l’eau courante, des fresques, des routes pavées et une écriture. On les appelle les Minoens, du nom du roi Minos, celui du labyrinthe et du Minotaure. Le mot a été inventé par l’archéologue anglais Arthur Evans, qui a dégagé Knossos au début du vingtième siècle.

Ce qui me touche le plus, c’est que les Minoens n’avaient pas de murailles. Pas de fortifications autour des palais. Une civilisation de marchands et de marins, qui commerçait avec l’Égypte et l’Orient, et qui se sentait en sécurité sur son île. Sur les fresques, on voit des femmes en robe à volants, des acrobates qui sautent par-dessus des taureaux, des dauphins, des lys. Pas de scènes de guerre.

Fresque minoenne du saut du taureau, palais de Knossos
Le saut du taureau. La fresque la plus célèbre de Knossos, au musée d’Héraklion.

Vers 1450 avant notre ère, tout s’arrête. Les palais brûlent, presque en même temps. Un tremblement de terre, une vague après l’explosion du volcan de Santorin, une invasion venue du continent, on ne sait toujours pas exactement. Ce qu’on sait, c’est que les Mycéniens, les Grecs de l’époque d’Homère, s’installent à Knossos. Puis, vers 1100, les Doriens. La Crète devient grecque, de langue et de dieux, et le restera toujours, quels que soient ses maîtres.

Chez moi : je vous ai raconté ce que ça fait de grandir à Knossos, à deux pas du palais, dans Mes racines à Knossos.

Rome, Byzance et les Arabes

En 67 avant notre ère, les Romains prennent l’île après trois ans de combats. Ils installent la capitale à Gortyne, dans la plaine de la Messara, là où l’on cultive encore aujourd’hui nos meilleures olives. La Crète devient chrétienne très tôt. L’apôtre Paul y passe, et son compagnon Tite en devient le premier évêque. Nos villages ont tous leur chapelle, souvent minuscule, toujours ouverte.

Bougies allumées et icônes dans une petite chapelle orthodoxe de Crète
Une chapelle de village, cet été. On allume une bougie, on continue sa route.

Puis, en 824, des Arabes venus d’Andalousie prennent la Crète et fondent une ville fortifiée, Chandax. C’est Héraklion. Pendant plus d’un siècle, l’île est un émirat. En 961, le général byzantin Nicéphore Phocas, futur empereur, reprend Chandax après un siège tout un hiver. La Crète redevient byzantine et orthodoxe, et notre Pâque orthodoxe, nos icônes, nos jeûnes viennent de là.

Venise, quatre siècles et demi

En 1204, la quatrième croisade dépèce l’empire byzantin et la Crète est vendue à Venise. Les Vénitiens s’y installent pour de bon à partir de 1211 et y restent jusqu’en 1669. Ils appellent l’île Candie. Ils construisent les ports, les remparts, les fontaines et les loggias que vous voyez encore à Héraklion, Réthymnon et La Canée. Les Crétois se révoltent souvent, mais peu à peu les deux peuples se mélangent.

La fontaine vénitienne Morosini, aux lions, sur la place centrale d'Héraklion
La fontaine aux lions, à Héraklion, construite par les Vénitiens en 1628. C’est notre point de rendez-vous à tous.

C’est l’âge d’or de la Renaissance crétoise. Un peintre né à Candie en 1541, Domenikos Theotokopoulos, part pour Venise puis l’Espagne. Vous le connaissez sous le nom du Greco. Un poète de Sitia, Vitsentzos Kornaros, écrit l’Erotokritos, dix mille vers d’amour que les Crétois chantent encore aujourd’hui dans les mariages. Et puis, en 1645, les Ottomans débarquent. Candie résiste vingt et un ans, le plus long siège de l’histoire. Elle tombe en 1669.

Maria sous une arche de pierre vénitienne, à Héraklion
Sous les arches vénitiennes d’Héraklion, ma ville.

Les Ottomans et le long chemin vers la Grèce

Deux siècles et demi sous les Ottomans, de 1669 à 1898. Beaucoup de Crétois se convertissent, beaucoup résistent depuis les montagnes. L’île se soulève encore et encore, en 1770, en 1821 avec le reste de la Grèce, en 1866, en 1878, en 1889, en 1897. En novembre 1866, au monastère d’Arkadi, près de Réthymnon, des centaines de Crétois assiégés font sauter la poudrière plutôt que de se rendre. Toute l’Europe en parle. Le monastère est aujourd’hui un lieu sacré pour nous.

En 1898, les grandes puissances créent l’État crétois, autonome, sous un prince grec. C’est là qu’apparaît un jeune avocat de La Canée, Elefthérios Venizélos, qui deviendra le plus grand homme politique de la Grèce moderne. Et le 1er décembre 1913, enfin, la Crète est unie à la Grèce. Nous fêtons la Grèce le 25 mars, mais chez nous, le 1er décembre compte aussi.

La guerre, et après

En mai 1941, les parachutistes allemands tombent du ciel sur la Crète. Les soldats grecs, britanniques, australiens et néo-zélandais se battent dix jours, et les villageois avec eux, avec des fusils de chasse et des fourches. L’île tombe, mais la résistance ne s’arrête jamais, jusqu’en 1945. Mes grands-parents ont connu ces années là. C’est de cette époque que viennent le pain de caroube et beaucoup de nos habitudes de ne rien jeter.

Le plus grand écrivain grec du siècle est crétois. Nikos Kazantzakis, l’auteur de Zorba, est né à Héraklion en 1883. Il est enterré sur les remparts vénitiens de la ville, parce que l’Église ne voulait pas de lui dans un cimetière. Sur sa tombe, une phrase que tous les Crétois connaissent par cœur. Je n’espère rien, je ne crains rien, je suis libre. Je vous en ai parlé dans Bridget et Zorba.

Aujourd’hui, la Crète est une région de Grèce, avec ses six cent mille habitants, ses oliviers, ses touristes, et son caractère. Le raki que l’on distille en famille chaque automne, c’est encore Venizélos qui l’a autorisé, en 1920. Le vin, l’huile, les coutumes, tout ce que je vous raconte sur ce blog vient de cette longue histoire. Pour comprendre l’île, il faut aussi connaître sa géographie, ses montagnes et ses quatre régions.

Mes livres, et ceux de la boutique, pour aller plus loin

À la boutique, j’ai rassemblé quelques livres en français que j’aime, sur l’histoire et la mythologie de mon île. Et si vous voulez goûter cette histoire plutôt que la lire, tout est dans mes recettes.

Vos questions sur l’histoire de la Crète

L’histoire de la Crète en résumé, en cinq lignes ?

Première civilisation d’Europe avec les Minoens, il y a cinq mille ans. Puis les Grecs mycéniens et doriens, Rome, Byzance. Un émirat arabe de 824 à 961. Venise de 1211 à 1669, les Ottomans de 1669 à 1898. Un État crétois autonome en 1898, l’union avec la Grèce le 1er décembre 1913. La bataille de Crète en 1941, et l’île grecque et libre depuis 1945.

Qui étaient les Minoens ?

Le peuple qui a bâti les palais de Knossos, Phaistos, Malia et Zakros entre 3000 et 1450 avant notre ère. Des marins et des marchands, sans murailles, avec une écriture et des fresques célèbres. Leur nom vient du roi Minos de la légende.

Pourquoi la civilisation minoenne a disparu ?

On ne sait pas exactement. Vers 1450 avant notre ère, les palais sont détruits presque en même temps. Tremblement de terre, raz-de-marée après l’éruption du volcan de Santorin, invasion mycénienne, sans doute un peu des trois.

Combien de temps la Crète a-t-elle été vénitienne ?

Plus de quatre siècles, de 1211 à 1669. C’est de cette époque que datent les ports, les remparts, les fontaines et les loggias d’Héraklion, Réthymnon et La Canée.

Quand la Crète est-elle devenue grecque ?

Le 1er décembre 1913, après un État crétois autonome créé en 1898. La Crète est grecque de langue et de culture depuis l’Antiquité, mais elle n’a rejoint l’État grec que quatre-vingt-douze ans après l’indépendance de la Grèce.

Qu’est-ce que la bataille de Crète ?

En mai 1941, la première grande opération aéroportée de l’histoire. Les parachutistes allemands prennent l’île en dix jours, face aux soldats alliés et aux villageois crétois. L’occupation dure jusqu’en 1945, avec une résistance très forte dans les montagnes.

Que visiter pour comprendre l’histoire de la Crète ?

Knossos et le musée archéologique d’Héraklion pour les Minoens. Gortyne pour Rome. Les remparts, la loggia et la fontaine d’Héraklion, le port de La Canée et la vieille ville de Réthymnon pour Venise. Le monastère d’Arkadi pour les révoltes contre les Ottomans. Et la tombe de Kazantzakis, sur les remparts d’Héraklion.

Oh bonjour, kalimera,
Ravie de vous rencontrer.

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