14 juillet · Fête nationale
De la Bastille à la Grèce, une même flamme de liberté
Bonne fête nationale à toutes et à tous ! En ce 14 juillet, je voulais faire quelque chose d’un peu différent : vous souhaiter une belle fête, bien sûr, mais aussi vous raconter comment cette liberté que la France célèbre aujourd’hui a, un jour, traversé les frontières jusqu’à ma Grèce.

Le 14 juillet 1789, la France s’embrase
Tout le monde connaît l’image : le 14 juillet 1789, le peuple de Paris prend d’assaut la Bastille, cette vieille forteresse devenue le symbole de l’arbitraire royal. Ce jour-là, la France bascule. De la Révolution naîtront trois mots qui feront le tour du monde – Liberté, Égalité, Fraternité – et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. La fête nationale française, elle, sera fixée sur cette date en 1880.
Et pendant ce temps-là, en Grèce…
En 1789, la Grèce, elle, n’existait pas encore comme pays libre. Depuis la chute de Constantinople en 1453 – et pour la Crète, depuis 1669 – les Grecs vivaient sous la domination de l’Empire ottoman. Près de quatre siècles d’occupation, pendant lesquels la langue, la foi orthodoxe et les traditions se transmettaient à voix basse, de génération en génération, dans l’attente d’un jour meilleur.
Et ce jour-là, c’est en partie l’esprit de la Révolution française qui l’a fait naître.
Une étincelle qui a traversé les frontières
Il faut ici que je vous présente un homme que tout Grec connaît : Rigas Féréos (Vélestinlís). Poète, penseur, révolutionnaire, il fut un admirateur passionné de la Révolution française. Il rêvait d’appliquer ses idéaux aux Balkans et d’y voir naître une république des peuples libres. Il écrivit son fameux chant de guerre, le Thourios, où l’on trouve ces mots devenus le cri de tout un peuple :
« Mieux vaut une heure de vie libre que quarante ans d’esclavage. »
Arrêté puis livré aux Ottomans, Rigas fut étranglé en 1798. Mais son sacrifice alluma une flamme : en 1814, trois marchands grecs fondèrent en secret la Filikí Etería, la « Société des Amis », inspirée de ses idées. C’est elle qui, sept ans plus tard, organisa le soulèvement de 1821.
Nos fêtes nationales à nous
Car nous aussi, les Grecs, nous avons nos fêtes nationales – et il y en a deux, chacune un immense « oui » ou un immense « non » lancé à l’histoire :
Le 25 mars : le jour de l’Indépendance. En 1821, jour de l’Annonciation, la Grèce se soulève enfin contre l’Empire ottoman. La guerre durera près de dix ans et donnera naissance, en 1830, à la Grèce moderne. Chez nous, le 25 mars, on célèbre à la fois la Vierge et la liberté – le drapeau et l’église, main dans la main.
Le 28 octobre : le jour du « Óchi », le jour du « Non ». En 1940, l’Italie de Mussolini somme la Grèce de la laisser entrer ; le dirigeant grec répond par un seul mot, « Non ». Tout un peuple se lève alors pour défendre sa terre. Depuis, chaque 28 octobre, les enfants défilent dans les rues, drapeau à la main.
Quand la France a rendu la flamme à la Grèce
Et l’histoire est belle, parce qu’elle est allée dans les deux sens. Quand la Grèce s’est battue pour sa liberté, la France a répondu présente. On appelle ce grand élan le philhellénisme – l’amour de la Grèce. Chateaubriand plaida sa cause, La Fayette la soutint, Victor Hugo lui consacra ses vers dans Les Orientales. Et un peintre, surtout, la fit entrer dans tous les cœurs : Eugène Delacroix – celui-là même dont vous voyez le tableau plus haut. Il peignit les massacres de Chios, puis La Grèce sur les ruines de Missolonghi, pour que personne n’oublie. L’Anglais Lord Byron, lui, alla jusqu’à donner sa vie sur le sol grec.
Voilà pourquoi, moi qui suis crétoise et qui vis en Normandie depuis plus de vingt ans, je porte ces deux libertés dans le même cœur. Celle du 14 juillet et celle du 25 mars viennent de la même source : la conviction, chevillée au corps, qu’un peuple mérite d’être libre.
Alors aujourd’hui, du fond de ma cuisine franco-crétoise : bonne fête nationale ! Zíto i eleftheía – vive la liberté, dans les deux langues.
Nos sources
Cet article s’appuie uniquement sur des sources historiques :
- Encyclopædia Britannica – « War of Greek Independence »
- Wikipédia – « Guerre d’indépendance grecque », « Rigas Féréos », « Jour du Non (Óchi) »
- EHNE – Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe : « La Grèce et le philhellénisme en Europe au XIXe siècle »
- L’Histoire par l’image (histoire-image.org) – « La guerre d’Indépendance en Grèce »
- Sorbonne Université – journée d’étude « La guerre d’indépendance grecque et la France (1821-2021) »
Crétoisement et républicainement vôtre,
Maria – Votre Crétoise
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