Tout commence quelque part en Crète · épisode 6
Coucou de Crète – je vous écris de mon île
Cette fois, c’est différent : je ne vous écris pas de ma cuisine normande, mais de mon île, sous le soleil. Oui, j’y suis – de retour en Crète pour l’été ! La semaine dernière, je vous racontais comment j’avais débarqué en Normandie. Aujourd’hui, je vous parle de l’autre bout du fil.
Mes allers-retours, mon équilibre
Vivre entre deux terres, c’est aussi faire la route, encore et encore. Rentrer en Crète, retrouver la famille, embrasser ma mère, m’asseoir à sa table… c’est là que mes deux pays se rencontrent vraiment – pas seulement dans mes casseroles, mais dans ma vie tout entière. Chaque voyage, c’est un morceau de moi qui se recolle, une racine qu’on ré-arrose. On croit rentrer en vacances ; en vérité, on rentre se retrouver.

L’été crétois, c’est toujours…
Pour moi, l’été en Crète, ce n’est jamais du repos immobile. C’est toujours un jeu, toujours des rencontres, toujours cette énergie qui me remet en route. Je repars à chaque fois gonflée à bloc de projets et de positivité – pour la boutique, pour le blog, pour mille idées qui, ici, sous cette lumière, prennent enfin leurs couleurs. Mon île me nourrit, au sens propre comme au figuré : je viens y chercher le goût des choses vraies, et je repars les bras chargés d’envies.

Pourquoi on aime tant la Grèce
Vous voulez savoir pourquoi ceux qui posent le pied en Grèce y laissent toujours un morceau de leur cœur ? C’est à cause des gens. Des gens au cœur grand ouvert, qui vous invitent à boire un verre sans même vous connaître – sans vous juger, sans vous demander d’où vous venez ni ce que vous valez. Ils vous regardent pour ce que vous êtes, vraiment. Et croyez-moi, c’est tout ce qui compte.
C’est ça, la philoxenia – l’amour de l’étranger, l’hospitalité sacrée de mon île. Le voisin se marie ? Vous êtes invité, même arrivé de la veille. Il coupe ses oranges dans le jardin ? Il vous en remplit les bras. Il mijote un plat ? Il vous en garde une part, sans même y penser. Chez nous, on ne calcule pas : on donne, et voilà. C’est un kérasma de tous les instants, une vraie fête du partage.
Et de l’autre côté, en Normandie, c’est un tout autre tempo. Là-bas, il faut mériter la confiance, faire sa place, montrer qui l’on est vraiment avant que la maison ne s’ouvre. C’est plus lent, plus pudique. Mais – et c’est cela qui m’a bouleversée – une fois que cette porte normande s’ouvre pour vous, elle ne se referme plus jamais. Elle reste ouverte pour toujours. Deux générosités, deux rythmes : l’une vous embrasse d’emblée, l’autre vous garde pour la vie. Et quelle chance, quelle richesse, d’avoir les deux dans une seule existence !

La recette de l’été : les calamars frits de la taverne
Hier soir, justement, on nous a posé sur la table un grand plat de calamars frits, dorés et bruissants, avec des frites maison et un poisson tout juste sorti de la mer. Voilà l’été crétois dans l’assiette : les pieds presque dans le sable, un verre de blanc frais, et ce parfum de friture et de citron. Il fallait que je vous donne la recette – c’est mon cadeau de l’été.
Comment les commander à la taverne. Demandez-les par leur nom : des kalamarakia tiganita (καλαμαράκια τηγανητά), « petits calamars frits ». Prononcez « ka-la-ma-ra-kia ti-gha-ni-ta », ajoutez un parakaló (« s’il vous plaît »), et vous passez pour un habitué. Si vous les préférez grillés plutôt que frits, demandez-les sti schára (στη σχάρα, « à la braise »). On vous les apportera avec du citron, souvent une skordaliá (crème d’ail) ou un filet de ladolémono (huile d’olive et citron battus) – et le bonheur est là.
Kalamarakia tiganita – les petits calamars frits
La façon des tavernes · pour 4 en meze
Il vous faut : 500 g de petits calamars (kalamarakia), frais ou surgelés, nettoyés et coupés en anneaux · de la farine (ou moitié farine, moitié semoule fine ou farine de maïs, pour une croûte plus croustillante) · sel, poivre · de l’huile pour friture · 2 citrons.
- Séchez-les vraiment bien – c’est LE secret. Pas de trempage : l’eau est l’ennemie du croustillant. Épongez chaque anneau dans du papier absorbant.
- Salez dans la farine, jamais avant. Mélangez farine, sel et poivre, roulez-y les anneaux, puis secouez-les dans une passoire pour ôter l’excédent.
- Huile bien chaude (180-185°C) : un anneau doit grésiller aussitôt qu’il tombe dedans.
- Par petites poignées, sans surcharger la poêle, et sans les retourner sans arrêt.
- 1 min 30 à 2 min, pas plus ! Dès qu’ils sont dorés, sortez-les. Trop cuits, ils deviennent caoutchouteux.
- Égouttez, servez brûlant, avec des quartiers de citron à presser au dernier moment.
L’astuce de Maria : la farine de maïs (ou un voile de semoule fine) donne cette belle croûte dorée qui ne noircit pas l’huile. Pressez le citron seulement à table, sinon la panure ramollit. Et dans certaines tavernes de chez nous, on les enrobe d’une pâte légère à l’eau pétillante, un kourkouti : c’est la version plus gourmande, joufflue – celle de ma photo.

La puissance des mots
Vous connaissez le pouvoir des mots ? Il est incroyable. Qu’on vous dise « tu es formidable, tu travailles bien, tu es motivée », et vous voilà portée, prête à soulever des montagnes. Qu’on vous glisse « tu es fainéante, tu n’y arriveras pas », et cette image de vous-même vous cloue sur place. Voilà pourquoi il faut choisir : choisir les personnes dont on s’entoure, choisir son travail, s’entourer de celles et ceux qui vous tirent vers le haut. C’est comme ça, et pas autrement, qu’on trouve la force de travailler comme on aime – et de créer son propre monde.
Et puis, il faut se souvenir d’une chose : on ne part pas tous du même endroit. Chacun avance avec ses outils, ses moyens, sa capacité du moment – et personne ne fournit les mêmes efforts. Voilà pourquoi il faut féliciter, encourager, surtout celles et ceux qui partent de loin, qui rencontrent mille difficultés et qui, malgré tout, se battent et avancent. Ceux-là, je les admire du fond du cœur. Et j’ai la chance immense d’être entourée de gens formidables : dès que je lance une idée, ils me disent « d’accord, on y va » – et on le fait. Ça, c’est un trésor.
Vous me connaissez un peu, maintenant : je suis de celles qui ont besoin de faire, d’avancer, de créer. Je ne sais pas rester les bras croisés. Et je crois profondément, du fond du cœur, que tout arrive pour une raison.
Tout arrive pour une raison
C’est pour ça, aussi, que l’entrepreneuriat a chez moi de si fortes valeurs. Oui, c’est un travail parfois interminable ; oui, il demande une patience folle, des sacrifices, surtout dans certains métiers. Mais quel bonheur de créer quelque chose à sa main, quelque chose qu’on aime pour de vrai ! Je crois à ceci : quand on est bien dans ce que l’on fait, cela se sent – et les autres sont bien aussi. Entreprendre, créer, se donner, grandir : ce sont mes valeurs de toujours, et mes deux cultures, la crétoise et la normande, m’y poussent chaque jour un peu plus.
Et cette année, justement, je sens que quelque chose de nouveau se prépare – le fruit de tout ce travail, de toutes ces années, de tout ce chemin fait sur moi-même. Je ne vous en dis pas plus aujourd’hui, un peu de patience ! – mais ne partez pas trop loin : j’ai une belle nouvelle à partager avec vous, et ce sera pour très bientôt. Disons que ces vacances crétoises ne sont pas tout à fait des vacances comme les autres…

Ceux qui m’entourent
Si j’en suis là, c’est aussi grâce à eux. Aux personnes qui m’entourent, celles qui ne m’ont jamais dit « tu ne peux pas », mais qui ont toujours cru en moi – même quand je doutais. Ma famille ici, mes proches là-bas, et vous, qui me lisez chaque dimanche et me donnez l’envie de continuer. On ne fait jamais rien tout seul. Et la Crète, c’est exactement ça : la philoxenia, cette générosité, ce cercle de gens qui vous portent et vous poussent vers l’avant.
Vivre avec plusieurs cultures, ça change tout : on comprend mieux les autres, leurs besoins, leur façon de voir. On gagne un regard bien plus large sur le monde. C’est pour ça, aussi, qu’il faut voyager – pas seulement pour se dépayser, mais pour s’ouvrir, pour rapporter chez soi un peu de la vision des autres et la marier à ses propres valeurs. Moi, chaque retour en Crète me rend un peu plus riche de tout cela.
J’ai un vrai besoin de vous raconter tout cela, de le partager avec vous – en mots aujourd’hui, et bientôt en images, celles que je rapporterai de mon île : les marchés, les tables en famille, les couleurs, les visages que j’aime. Alors restez avec moi. L’été crétois ne fait que commencer, et croyez-moi, il a de jolies surprises à vous offrir.

Et puisqu’on est entre nous, laissez-moi vous glisser un petit secret à l’oreille. Ces derniers temps, je passe beaucoup d’heures entourée de mots, de pages et de vieilles pierres. Où tout cela me mène-t-il ? Je ne le sais pas encore tout à fait… Mais qui sait – peut-être qu’un jour, un livre viendra se poser sur notre route. Je ne vous en dis pas plus : gardez l’œil ouvert, et laissez-moi encore un peu de mystère.

De la Crète, avec le cœur plein de soleil et de projets.
Racontez-moi : et vous, avez-vous un endroit qui vous recharge à chaque fois – un lieu où vous vous sentez enfin tout à fait vous-même ?
Crétoisement vôtre,
Maria
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