Votez pour cette recette

Tout commence quelque part · l’école ici et là-bas

Une rentrée, deux pays

Voilà, je suis prête. Assise à ma table, mon café à la main, prête à partager avec vous notre petit moment. Et vous, votre café, il est prêt ? Si c’est un café grec bien serré, vous savez déjà tout – on en a longuement parlé par ici.

Vous vous souvenez, dans mon article sur ma toute première rentrée, à la maternelle, je vous avais promis qu’un jour on parlerait ensemble des deux écoles : la française et la grecque (το σχολείο, to scholío, l’école). C’est le bon moment. Les cartables sont neufs, les crayons taillés – alors installons-nous, et regardons comment ça se passe des deux côtés de la Méditerranée.

Je vais vous dire tout de suite ce que je pense, avec le cœur : ici, en France, on a la chance de vivre AVEC nos enfants, et pas de vivre POUR nos enfants. Vous allez comprendre pourquoi en me lisant. Et rassurez-vous, je garde beaucoup de tendresse pour les deux pays – chacun a sa beauté.

Fournitures de rentrée : cahiers, crayons de couleur et trousse
Cahiers neufs, crayons taillés. Le même petit frisson de rentrée, ici comme là-bas.

Comment on grandit à l’école

Commençons par le début : les grandes étapes. Elles se ressemblent, mais les âges et les mots changent.

  France Grèce
Maternelle 3 à 6 ans (petite, moyenne, grande section) Nipiagogeio (νηπιαγωγείο), 4 à 6 ans
Primaire Élémentaire, 6 à 11 ans (du CP au CM2) Dimotiko (δημοτικό), 6 à 12 ans
Collège 11 à 15 ans (de la 6e à la 3e) Gymnasio (γυμνάσιο), 12 à 15 ans
Lycée 15 à 18 ans Lykeio (λύκειο), 15 à 18 ans (non obligatoire)
École obligatoire De 3 à 16 ans De 4 à 15 ans (dont 2 ans de maternelle)

Une jolie différence pour commencer : en Grèce, la maternelle est obligatoire dès 4 ans, sur deux années. Et une chose que j’aime beaucoup là-bas : les manuels scolaires sont donnés gratuitement par l’État, à tous les enfants. En France aussi les livres sont fournis, mais c’est tantôt la commune, tantôt le département ou la région qui paie.

Les journées, et ces fameuses vacances

C’est là que nos deux vies d’écoliers se séparent vraiment. En Grèce, l’école du primaire finit tôt – vers 13 h 15. Beaucoup d’enfants rentrent alors manger à la maison, ou grignotent leur kolatsió (κολατσιό, la petite collation). La cantine pour tous, comme on la connaît ici, n’existe pas vraiment là-bas. En France, la journée est plus longue, avec la cantine et le périscolaire – de quoi souffler quand on travaille.

Et les vacances ? « Est-ce que ce sont les mêmes jours ? » me demandez-vous souvent. Eh bien non, pas du tout.

  France Grèce
Rentrée Début septembre Vers le 8 septembre
Vacances d’été Environ 8 semaines (juillet-août) Près de 3 mois (mi-juin à mi-septembre)
Hiver / printemps Toussaint, Noël, hiver et printemps, en 3 zones (A, B, C) Noël, puis la Pâque orthodoxe (~2 semaines, à des dates différentes des nôtres)
Fêtes à part Jours fériés nationaux Le 28 octobre (Ochi, le « Non »), le 25 mars (Indépendance), le Lundi pur (Καθαρά Δευτέρα)

Presque trois mois d’été en Grèce ! Le soleil, la mer, les grands-parents au village… c’est une enfance que je souhaite à tous les petits. Mais vous allez voir : cet été si long a aussi son revers.

Après la classe : le grand écart

Voilà le cœur de mon histoire. Ce qui se passe après la sonnerie n’a rien à voir d’un pays à l’autre.

En France, quand l’école est finie, une autre porte s’ouvre : celle des associations. Le foot, le judo, la danse, la musique, le théâtre, le dessin… Il y a un club pour presque tout, dans presque chaque village, et ça ne coûte pas une fortune : souvent entre 80 et 200 euros pour toute une saison de sport. C’est ça, la grande chance d’ici : un tissu associatif, sportif et culturel qui ouvre ses portes à tous les enfants et à tous les parents. On accompagne son enfant au club, on l’attend au bord du terrain, on le regarde grandir dans ce qu’il aime. On vit avec lui.

En Grèce, après l’école publique… on repart à l’école. Le soir, une grande partie des enfants enchaîne avec le privé : les frontistiria (φροντιστήρια, les cours du soir) et, presque pour tout le monde, les cours de langues (η γλώσσα, i glóssa). Comme si l’école du matin ne suffisait pas, comme si, pour être vraiment prêt, il fallait en faire toujours plus. Moi la première : petite, j’ai fait une école d’anglais, puis de l’allemand, puis de l’italien, le soir, après mes journées de classe. Et je ne le regrette pas une seconde – c’est une belle discipline, et on en sort souvent en parlant deux ou trois langues.

Mais soyons honnêtes : là-bas, une bonne partie de l’énergie et de l’argent de la famille passe à rendre l’enfant « plus compétent », plus prêt pour la suite. On vit un peu pour lui. Et tout ça monte en pression jusqu’au grand couperet : les Panellinies (οι Πανελλήνιες), les examens nationaux de fin de lycée qui décident de l’entrée à l’université. On s’y prépare des années à l’avance.

Le porte-monnaie, et les aides

Cette différence, on la retrouve dans le budget des familles – et là, croyez-moi, on mesure la chance qu’on a.

En France, l’État donne un coup de main pour la rentrée : l’Allocation de rentrée scolaire, versée par la CAF sous conditions de ressources. Pour 2025, c’est 423,48 € par enfant de 6 à 10 ans, 446,85 € de 11 à 14 ans, et jusqu’à 462,33 € de 15 à 18 ans. Et pour le sport, il y a le Pass’Sport – 70 € déduits de l’inscription au club, pour les familles qui y ont droit.

En Grèce ? Comme je vous l’avais déjà dit, il n’y a pas d’aide spécifique pour la rentrée. On calcule tout, on choisit ses affaires avec soin – ce qui, il faut le reconnaître, responsabilise beaucoup les enfants. Il existe bien une petite allocation enfant mensuelle (70, 42 ou 28 € selon les revenus), les livres gratuits dont je vous parlais, et des repas offerts dans certaines écoles de quartiers en difficulté. Mais l’essentiel des dépenses – les langues, les frontistiria – reste à la charge des parents. Pour vous donner une idée : les familles grecques ont dépensé 614 millions d’euros en cours privés en une seule année (2023). Et une année de Terminale au frontistirio, c’est facilement 300 à 600 € par mois.

Le contraste, en une image : ici, on inscrit son enfant au club du village pour 100 € l’année, aidé par l’État. Là-bas, on paie chaque mois pour qu’il apprenne l’anglais et prépare ses examens, sans aide dédiée. Deux façons d’aimer ses enfants – mais pas la même liberté.

La chance qu’on a

Alors non, je ne vous dis pas qu’un système est bon et l’autre mauvais. L’école grecque forme des enfants disciplinés, curieux, qui parlent souvent plusieurs langues et qui savent la valeur de l’effort. J’en suis le produit, et j’en suis fière (καλή σχολική χρονιά, kalí scholikí chroniá, bonne année scolaire, comme on se dit chez nous).

Maria enfant, à l'époque de l'école, en Crète
Moi, petite. Déjà les langues et les cours du soir m’attendaient.

Mais quand je regarde mes enfants grandir ici, le cœur me gonfle un peu. Parce qu’en France, on leur laisse le temps d’être des enfants. On les accompagne au foot, à la danse, au dessin, sans se ruiner, sans les mettre sous pression. On vit avec eux, pas pour eux. Et ça, mes chers Crétois de cœur, c’est une chance immense – de celles qu’on oublie parfois, tellement elles nous paraissent normales.

Deux pays, deux écoles, deux façons d’aimer – et beaucoup de gratitude au milieu.

Et vous, de quel côté avez-vous grandi ? Est-ce que, comme moi, vous enchaîniez les cours du soir – ou est-ce que vos mercredis sentaient plutôt le gymnase et la gouache ? Racontez-moi, j’adore vous lire.

Gardez votre place à ma table : abonnez-vous à ma newsletter « Tout commence quelque part » pour ne rien manquer de nos rendez-vous – et passez aimer ma page Facebook, c’est là qu’on se retrouve entre deux dimanches.

Crétoisement vôtre,
Maria

0 commentaire

Pin It on Pinterest

Share This

Share this post with your friends!