Me voilà assise à ma table, mon café à la main. La dernière fois, je vous ai parlé du temps des raisins, de mon grand-père et de nos vendanges. Aujourd’hui, je vous emmène ailleurs. Je vous parle de mes livres.
Vous ne le savez peut-être pas, mais celui qui arrive en octobre, mon livre de cuisine grecque vegan, n’est pas mon premier. Avant lui, il y en a eu six autres. Et leur histoire commence bien avant la cuisine, avec une petite fille qui avait peur d’oublier ses mots.
Écrire pour ne rien oublier
J’ai toujours aimé écrire. Mais je n’ai pas de mémoire. Je perds mes mots tout le temps. Alors j’écris, depuis toujours, pour ne rien laisser filer.
Toute petite, déjà à la primaire, j’avais un petit magnétophone. De ceux qui venaient de sortir, avec des cassettes. Je parlais dedans, et il gardait tout. Comme ça, je pouvais dire une idée, un souvenir, et je savais que je ne l’oublierais pas.
Plus tard, pour apprendre la grammaire grecque, j’écrivais des pages entières, à la main. Mon vrai but, c’était de finir l’encre de mon stylo. Une page, puis une autre, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus. Aujourd’hui, je ne me souviens pas vraiment de toutes les règles. Mais en grec, je ne fais jamais de faute. Mon corps s’en souvient, même quand ma tête a oublié.
Le français qui me manquait
En français, c’est différent. Je n’écris pas comme je parle, et je ne parle pas comme j’écris. Les accents me résistent encore, je reste souvent bloquée sur l’accent grave. En Grèce, à l’école, on choisit sa deuxième langue après l’anglais. Moi, j’étais team allemand. L’allemand, si vous connaissez la grammaire, c’est fini, vous savez tout, on dit ce qu’on écrit. Le français, lui, a toujours été pour moi une langue à part. Un vrai handicap, mais aussi tout son charme.
Alors quand je suis arrivée en France, j’ai eu besoin d’aide. J’ai toujours été accompagnée par des professeurs. Et l’un d’eux, en particulier, m’a poussée à continuer d’écrire. Je me souviens de mes débuts sur le blog. Chaque article que je publiais, je recevais ensuite un petit message privé d’elle. Je savais tout de suite que j’avais fait une faute, et j’allais la corriger. C’est ça, la beauté des échanges. Voir l’autre, l’aider, le soutenir pour qu’il aille plus loin.
Ce que j’ai gardé : mes profs connaissaient mes limites, mais ils me poussaient quand même. Pas en me forçant. En me disant, tu peux. Et quand on croit vraiment qu’on peut, on trouve toujours une solution pour aller jusqu’au bout.
Mes tout premiers livres
Je suis arrivée en France avec mes carnets. C’était l’époque des loisirs créatifs, tout le monde en parlait. J’ai contacté toutes les maisons d’édition que je pouvais trouver. Et je me suis retrouvée à Paris, à une table, face à une maison d’édition qui m’a proposé d’écrire trois livres.
Je remercie encore aujourd’hui les personnes qui les ont corrigés à l’époque. Je ne prenais pas encore de cours de français, alors il fallait bien quelqu’un pour repasser derrière moi. En octobre 2008, mes trois premiers livres sont sortis, aux éditions Ulisseditions. Home déco la mer, home déco tableaux romantiques, et home déco compositions florales.


Depuis, je n’ai jamais arrêté d’écrire. Tous mes carnets sont encore là, avec moi. Quand je vous écris chaque dimanche, c’est souvent eux que j’ouvre en premier. Ils sont une vraie richesse pour moi.
Puis j’ai voulu parler de la Crète
Après ces trois premiers livres, j’ai eu envie de revenir à ce qui compte le plus pour moi. Ma terre, ma cuisine. J’ai commencé à éditer moi même mes propres petits livres, Les Grands Trésors de Crète. Il fallait aussi apprendre la photo, alors j’ai suivi des formations. Il fallait apprendre la mise en page, alors j’ai encore suivi des formations, sur tout le pack Adobe.
Je suis toujours en formation continue. C’est ma vraie force. En France, ce système existe et il est précieux, il faut savoir s’en servir.
J’ai commencé par le kritharaki, les langues d’oiseaux, en quinze recettes. Puis la caroube, ce livre là a même été traduit en anglais et en grec, merci encore à Amélie pour ça. Et enfin, le régime crétois, écrit comme moi je le vois vraiment, depuis toujours.


Et aujourd’hui, mon livre de cuisine grecque vegan
Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, une grande maison d’édition comme La Plage me proposerait d’écrire un livre entier sur la cuisine grecque vegan. Quand ils me l’ont annoncé, j’ai d’abord répondu que je n’étais pas vegan moi même. J’apprécie, j’ai toujours mangé végétal en partie, mais pas à cent pour cent.
J’ai appelé ma mère pour lui en parler. Quand je lui ai dit vegan, elle m’a répondu que rien n’était plus facile, pour nous, que de cuisiner comme ça. Chez nous, on mange déjà beaucoup d’herbes sauvages, de légumineuses, de légumes secs. On sait combiner tout ça depuis toujours.
J’ai quand même eu un choc, en apprenant qu’il ne fallait pas de miel. Chez nous, le miel est une base de toute l’alimentation crétoise. Alors j’ai appris à m’en passer, et j’ai utilisé beaucoup plus le petimezi, le sirop de raisin, et le sirop de caroube. Finalement, j’ai adoré cette cuisine autrement.
J’ai travaillé ce livre en famille. Toute la maison a goûté, testé, participé. C’est comme ça que j’aime faire les choses, les partager, faire participer les gens que j’aime. Dans ces pages, vous retrouverez ma façon de voir le régime crétois, et notre cuisine grecque vegan à la crétoise.
Parce que chez nous, l’alimentation n’est pas qu’une question de recettes. C’est un mode de vie entier. Il tourne autour des saisons, autour des jours de jeûne. Ce n’est pas une question de croyance seulement, c’est notre culture, nos traditions, tout ce qui nous fait. Vous retrouverez cette philoxénie dans chaque recette, cette façon de cuisiner sans rien gaspiller, et comment de petites choses peuvent, au fond, donner tant de richesse au quotidien.
Ce que vous allez y découvrir
Dans ce livre, vous allez découvrir ma famille. Mes amis. Les personnes qui comptent pour moi. Je faisais déjà des photos avant, mais pour ce livre là, il fallait me dépasser encore. Je voulais des photos qui vous parlent, qui racontent une histoire. Un niveau que je n’avais jamais atteint.

Il fallait aussi que j’explique davantage. Des recettes, il y en a partout. Ce qui compte, c’est pourquoi. Pourquoi cette recette, qu’est ce qu’elle vous apporte. Je voulais que vous compreniez pourquoi je l’aime, moi. Et si elle vous apporte à vous aussi un petit bonheur, alors j’aurai réussi.
Vous ne pouvez pas imaginer tout ce que je voulais écrire. Au départ, j’avais imaginé ce livre presque comme un carnet positif, sur l’envie d’avancer, de conquérir le monde. J’ai écrit des textes entiers. Et puis, petit à petit, il n’y avait plus de place. On a coupé, recoupé, même des recettes. Le livre a fini par trouver sa forme, deux cent cinquante pages bien remplies, avec ce qui compte vraiment pour moi.
Quand on travaille vraiment pour quelque chose, on croise toujours des gens qui nous ressemblent. Des gens qui partagent les mêmes sujets, qui valident ce qu’on pense. On vit des moments magiques ensemble. Ce livre, c’est un immense merci pour toutes ces personnes. Toutes ces étoiles, tous ces petits cailloux qui se sont alignés sur mon chemin, pour qu’il puisse enfin exister.
Et vous, si vous me lisez jusqu’ici, merci du fond du cœur. Prendre le temps de me lire, c’est aussi prendre le temps de rester tranquille chez vous, un instant. Je le sais, et j’en suis touchée.
Quand on rencontre une difficulté, il ne faut pas lâcher. Il ne faut jamais dire qu’on ne peut pas. Moi, je ne l’accepte pas. Il y a toujours quelqu’un à côté de nous pour nous aider. Mais c’est à nous d’avancer. De prouver qu’on en a envie, qu’on a cette pétillance en nous.
Je suis très honorée d’avoir reçu cette proposition. Je suis certaine que vous allez aimer ce livre, parce qu’il a une âme. Et cette âme là, on ne la trouve jamais deux fois de la même façon.
Ce ne sont pas les mots parfaits qui font un livre. C’est ce qu’on ose y mettre.
Tous mes livres sont réunis sur mon blog, avec une photo de chacun, et le lien pour les acheter. Allez y jeter un œil, chacun raconte un petit bout de mon chemin.
La prochaine fois, je vous emmènerai encore ailleurs. En attendant, dites moi, quel a été votre premier livre, celui qui vous a marqué pour toujours ?
De ma table à la vôtre,
Maria
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